Je suis tombe sur cet article sur Owni: Les credits carbone: nouveau joujou toxique de la finance. Apres ma tres longue experience dans le milieu (1 mois jour pour jour), je ne pouvais pas y rester insensible! Mon avis a la fin de la lecture de l'article? Franchement, je ne sais pas. Je vais me debiner en disant que je n'ai pas assez de recul. Comme j'ai le nez dedans, j'ai du mal a avoir "l'helicopter view".
Mais je vais quand meme vous expliquer ce que je comprends. Je trouve le mecanisme (CDM) hyper bien pense mais terriblement complexe. Je couperais le marche du carbone en deux parties: les producteurs d'un cote et les vendeurs de l'autre. Les producteurs sont mes clients: des industriels, des gouvernements, des electriciens des pays emergents qui veulent passer au vert et qui vont se servir de l'argent des credits carbone pour rentabiliser leur investissement propre.
Apres il y a le monde des vendeurs: les banques. A la base, elles achetaient des credits carbone aux producteurs, puis elles les revendaient aux pollueurs. Ca c'est de l'achat-vente (trading) basique, comme le font Auchan et Carrefour avec de la lessive ou des boites de petits pois. Mais les banques sont hyper fortes pour faire des produits derives. Une fois qu'elles ont la license spiderman. Elle commence par vendre le costume, puis apres elles mettent tres peu de temps pour proposer le t-shirt, le mug, le cartable et le stylo.
Puis elles se disent, merde on va plus avoir de produits derives de notre licence Spiderman a vendre. Pourtant ca marche super bien les licences BD. Alors ils se disent que plutot que d'acheter la licence spiderman en meme temps que la sortie du film, ils auraient du securiser les droits au moment de la sortie de la bd. Pour Dora l'exploratrice, ils n'y ont pas ete par quatre chemins. Ils ont directement finance le scenariste et la realisation du dessin anime et en echange ils ont dit: ouais mais vous oubliez pas, la licence pour les produits derives, c'est pour nous!
Et comme les banques sont super inventives, elles se sont dit que plutot que d'attendre la moisson de la licence, elles feraient mieux de vendre leur projet BD a un bon prix. Elles se sont mises a revendre a d'autres banques ou fonds d'investissements leurs projets BD cles en main avec le discours super vendeur qui marche a tous les coups: "Hey les mecs, la licence BD, c'est l'avenir et c'est hyper juteux en ce moment, mais bon ca se trouve pas sous le sabot d'un cheval. Moi j'ai en stock deux trois projets BD, faits par des scenaristes de talent, les memes que ceux qui ont fait Spiderman! C'est pour vous dire! La, le scenario est en cours d'ecriture, mais c'est sur ca va cartonner! C'est comme Shrek mais en mieux. Ca vous interresse comme projet? Je vous vends tout le pack bien ficele, pour 200 milles et dans deux ans, vous verrez, les produits derives vont vous rapporter 10 millions par an pour au moins 10 ans. On a deja signe le contrat avec Carrefour pour qu'ils aient l'exclusivite de la distribution pendant 10 ans. Alors? Banco?" Qui ne craquerait pas?
Les financiers se refilent entre eux des projets ou des bouts de projets (les bouts c'est pour diversifier leurs portefeuilles) et attendent patiemment le lancement de la BD qui deviendra un film, qui sortira en DVD et dont la mascotte deviendra peut etre meme un jour l'effigie de la BNP.
Vous relisez ce que j'ai ecrit et vous remplacez:
"licence" par "Credit Carbone"
"projet BD" par "projet CDM"
"lancement du film" par "validation du projet CDM par les nations unies"
D'apres ce que je comprends dans l'article, c'est ce qui se passe dans la finance en ce moment, et c'est ce qui s'est passe avec l'immobilier americain avant la crise.
Vous l'avez devine, la ou ca derape, c'est quand le scenariste de talent croule sous la demande, perd son inspiration et commence a prendre trop de coke. Il va finir par faire des bouses pour lesquelles tout le monde croit que les produits derives vont se vendre comme des petits pains. La machine va tres bien tourner tant que les BD seront de qualites. Des qu'on se sera rendu compte qu'un projet sur trois est un navet et que le film a tres peu de chance d'etre lance, la machine va se gripper. Et la, toutes les banques vont arreter de se refiler leurs bebes et vont dire en choeur: You beeeetter STOP. (Et ils vont lancer leur cuillere dans leur tasse de cafe). Ho la la, on a bien trop de bouses dans nos portefeuilles, il faut qu'on remette les compteurs a zero. Elles vont se mettre a compter le nombre de bouses qu'elles ont en portefeuille. Les grandes gagnantes seront celles qui en auront le moins (de navets)! Celles qui s'etaient specialises ou trop exposes au secteur de la licence BD disparaitront. Celles qui sont super puissantes et qui peuvent entrainer toutes les banques dans leur chute, se feront peut etre sauver par les etats si ces derniers ont encore un peu d'argent.
Et le changement climatique dans tout ca? Ah oui, bonne question... les projets de mediocre qualite n'auront certainement pas permis de diminuer l'emission de CO2.. Peut-on empecher la creation de projets bancals? Les nations unies ont enormement complexifie le processus pour obtenir des credits carbone. Mais maintenant c'est tellement complexe que c'est a en decourager plus d'un que de tenter de toucher deux trois subsides des pollueurs... je ne serais pas surpris de voir quelques industriels se dire qu'ils feraient mieux de ne pas perdre de temps avec toute cette paperasserie alors que c'est tellement plus simple et moins cher que de carburer au petrole ou au charbon.
Credits photos: Amelia Roberts












